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Dans un contexte des tensions persistantes au Mali, où il y a eu une série de manifestations antigouvernementales ces dernières semaines, nous exhortons les autorités à veiller à ce que les forces de sécurité s’abstiennent de recourir de façon injustifiée ou excessive à la force dans le maintien de l’ordre lors des manifestations ou (pour toute autre raison) dans leur interaction avec les manifestants.

Nous sommes particulièrement préoccupés par les événements survenus dans la capitale Bamako le vendredi dernier et pendant le week-end où des forces spéciales (Force spéciale antiterroriste – FORSAT) auraient tiré des munitions létales lors d’affrontements avec des manifestants. La Division des droits de l’homme et de la protection de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) a confirmé qu’au moins 14 manifestants – dont une femme et deux garçons – ont été tués et 154 autres blessés.

Au cours des manifestations, au moins 200 personnes ont été arrêtées et toutes ont été relâchées par la suite dans la soirée du 13 juillet, dans l’attente de leur procès. Parmi eux se trouvaient trois dirigeants du Mouvement du 5 juin Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP). Il s’agit d’une coalition de partis politiques, de chefs religieux et d’organisations de la société civile formée à la suite d’un rassemblement qui a eu lieu le 5 juin et au cours duquel des manifestants ont demandé la démission du président, ainsi que la dissolution du Parlement et de la Cour constitutionnelle.

L’annonce par le président Ibrahim Boubacar Keïta de l’ouverture d’enquêtes sur les violences est la bienvenue. Il est essentiel que toutes les allégations des violations des droits de l’homme et d’actes de violence commis au cours des manifestations fassent l’objet d’enquêtes rapides, approfondies, transparentes et indépendantes et que les responsables aient à répondre de leurs actes. Conformément à son mandat, la Division des droits de l’homme et de la protection de la MINUSMA a lancé une mission d’enquête pour examiner les allégations de violations graves des droits de l’homme perpétrées dans le cadre des manifestations.

Nous notons que de nombreuses manifestations qui ont eu lieu à travers le pays ont été pacifiques, mais qu’il y a eu des incidents où des manifestants ont détruit et pillé des biens privés et publics, y compris le saccage d’une partie du bâtiment de l’Assemblée nationale. Un groupe a occupé les locaux de la station de radio et de télévision nationales, les mettant hors service.

Nous appelons toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue et à utiliser des moyens pacifiques pour traiter leurs griefs, qui ont été déclenchés par divers facteurs, notamment le résultat des élections législatives retardées, les allégations de corruption endémique et de mauvaise gouvernance, l’insécurité accrue et l’extrémisme violent dans différentes parties du pays. Nous sommes

également préoccupés par le fait que, depuis les manifestations du 10 juillet, il y a eu une prolifération de fausses nouvelles et de messages en ligne incitant à la violence, qui risquent d’aggraver davantage les tensions.

La Commission nationale des droits de l’homme du Mali a noté le 13 juillet que l’accès aux manifestants en détention lui avait été refusé. Dans de cette situation volatile, nous rappelons aux autorités leur obligation de soutenir, et non d’entraver, le travail de l’institution nationale des droits de l’homme et des organisations de la société civile qui jouent un rôle important en matière de promotion et de protection des droits de l’homme de tous au Mali.

Nous appelons les institutions publiques du pays ainsi que les acteurs politiques à respecter les principes démocratiques et à protéger les droits de l’homme et l’état de droit.

FIN

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