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Zoumana DIARRA Secrétaire Général de la CNDH

Monsieur le Représentant du Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique;
Monsieur le Représentant du Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme,
Monsieur le Représentant du Ministre de l’Administration Territoriale ;
Monsieur le Recteur de l’Université des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako ;
Monsieur le Vice-Doyen de la Faculté de Droit Public ;
Madame le Directeur du Projet EmiFo ;
Chers Collègues Enseignants-chercheurs ;
Chers étudiants ;
Chers participants ;
Distingués invités, en vos rang, grade, titre, tout protocole observé.
Permettez-moi d’exprimer toute ma gratitude et ma reconnaissance infinie à la Directrice du Projet de recherche appliquée « Esclavage et migration forcée au Mali (EMiFo)», pour avoir associé la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) à cette activité combien importante pour la lutte contre l’esclavage par ascendance dans notre pays. Cela constitue un témoignage éloquent, s’il en était besoin, de la souscription de ce projet à notre idéal commun d’un monde de paix, plus juste et respectueux de la dignité humaine, et à notre mission sacerdotale commune de défense des droits de l’Homme, notamment des personnes les plus vulnérables.

Mesdames et Messieurs;
Permettez-moi de vous présenter brièvement la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), c’est-à-dire l’institution nationale des droits de l’Homme. Autorité Administrative Indépendante et conforme aux principes de Paris, la CNDH a été créée par la Loi n° 2016-036 du 07 juillet 2016, la CNDH a pour missions « la protection et la promotion des droits de l’homme ainsi que la prévention de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants ».
Dans le domaine de la protection des droits de l’Homme, la CNDH est chargée entre autres :

  • d’entreprendre des enquêtes, notamment sur des questions de violations des droits de l’Homme et d’adresser aux autorités concernées des recommandations sur des mesures visant à renforcer la protection et la culture des droits de l’Homme;
  • de recommander aux pouvoirs publics toutes mesures tendant à renforcer le respect et l’effectivité des droits de l’Homme
  • de veiller au respect des droits des groupes ou personnes vulnérables notamment les femmes, les enfants, les personnes âgées.
    En matière de promotion des droits de l’Homme, la CNDH est chargée:
  • de mener toute action de sensibilisation, d’information et de communication en vue d’instaurer une culture des droits de l’Homme ;
  • de promouvoir la recherche, l’éducation et l’enseignement des droits de l’Homme dans tous les cycles de formation et dans les milieux socioprofessionnels;
  • de renforcer la capacité d’intervention des associations de défense des droits de l’Homme.
    La CNDH est tenue de produire un rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme qui est débattu en plénière à l’Assemblée nationale.

Chers participants ;
Il y a des principes fondamentaux de droits humains auxquels l’on ne saurait déroger si l’on veut vivre en harmonie avec ses concitoyens, bâtir une société plus juste, respectueuse de la dignité humaine : ce sont les principes de non discrimination stipulés par la plupart des instruments juridiques internationaux relatifs aux droits humains, les principes d’égalité, d’équité, de liberté, de solidarité. Ces principes se retrouvent dans la plupart des sociétés et constituent des valeurs fondatrices. Or, la pratique de l’esclavage par ascendance foule au pied ces principes sacrosaints.

Chers invité(e)s ;
Le phénomène de l’esclavage par ascendance pratique l’endogamie et développe des préjugés et stéréotypes au sein des populations victimes, et entre celles-ci et d’autres considérées comme supérieures et intouchables. Il sécrète des pratiques discriminatoires et des actes d’exclusion hypothéquant le vivre ensemble.
Par exemple, dans certains villages un érudit de caste dite inférieure ne peut prétendre être imam, aussi vaste que soit son savoir. Au plan politique, les personnes de castes dites inférieures sont difficilement élues et lorsqu’elles le sont elles sont empêchées d’exercer leur mandat ou l’exercent avec de grandes difficultés.

Mesdames et Messieurs ;
Pour une citoyenneté démocratique sans exclusion et pour un mieux vivre ensemble, les barrières entre ces groupes doivent disparaitre. Les droits humains constituent un outil efficace, à la disposition des titulaires de droits, pour combattre les préjugés et les stéréotypes dont ils sont l’objet ; lutter contre les discriminations, les exclusions, dont elles sont victimes pour une inclusion réelle et un changement social durable.

Distingués invité(e)s ;
Depuis un certain moment, notre pays est confronté, sur certaines parties de son territoire, aux manifestations violentes en lien avec le fléau de l’esclavage par ascendance : de milliers de déplacés internes à Mambri fuyant la pratique de l’esclavage par ascendance, l’assassinat ignoble et lâche de 4 personnes à Djandioumè, les malheureux évènements du 22 septembre dans le Cercle de Bafoulabé, j’en passe.
Cette pratique digne d’une autre époque, outre qu’elle porte atteinte à la dignité humaine, met en péril la cohésion sociale dans les régions où elle sévit.

Mesdames et Messieurs, distingués invités ;
Il nous faut, sans cesse, nous en convaincre et réaffirmer que la protection des victimes de l’esclavage par ascendance n’est pas une œuvre de charité, une faveur qu’on leur accorde. Elle est, tout au contraire, une obligation fondamentale à la charge de l’Etat, principal débiteur, à l’égard de toute personne vivant sur le sol Malien victime d’abus et de violations de ses droits fondamentaux.
Cette exigence légale est d’autant plus vraie que les abus et violations graves des droits de l’homme, en lien avec l’esclavage, que connaît notre pays ne doivent aucunement rester impunis.

Chers participants ;
La lutte contre l’esclavage par ascendance est un combat de longue haleine dans lequel l’éducation, la formation, la sensibilisation des parties prenantes constituent un moyen indispensable et efficace, parallèlement à l’obligation pour l’Etat d’appliquer les instruments juridiques nationaux et internationaux en la matière d’où l’impérieuse nécessité d’adopter une loi spécifique réprimant les pratiques de l’esclavage par ascendance.

Chers participants;
Je demeure convaincu qu’avec le concours des personnes ressources sollicitées pour cet atelier, les échanges que vous aurez, vous permettront de mieux appréhender les attentes dans le cadre de cet exercice de renforcement des capacités.

Mesdames, Messieurs, Distingués invités,
Je clos mon propos par cette citation d’Eleanor Roosevelt: « Après tout, où commencent les droits de l’homme universels ? Ils commencent près de chez soi, en des lieux si proches et si petits qu’on ne peut les voir sur aucune carte du monde. (…) Si dans ces lieux les droits sont dénués de sens, ils n’en auront guère davantage ailleurs. Si chacun ne fait pas preuve du civisme nécessaire pour qu’ils soient respectés dans son entourage, il ne faut pas s’attendre à des progrès à l’échelle du monde ». Pour paraphraser cette icône de la défense des droits de l’Homme, tant qu’on continue à traiter certains de nos concitoyens d’esclave, il sera difficile d’avoir une paix durable dans ce pays.
Pour la CNDH, la protection des droits de l’Homme est une responsabilité partagée.

JE VOUS REMERCIE.